C'est l'histoire de 3 bonhommes qui au fond de moi n'est qu'un. D'un bon vouloir de cet homme, voici donc son histoire...
Dans une contrée forte... terrestre et une époque forte... présente existe un royaume résistant encore et toujours... à l'évanouissement...
Un roi des plus bienveillant siège en son coeur... c'est un roi fort dont nul ne peut défaire la justice... ténébreux parfois aussi dont nul ne peut défaire la colère... la colère de voir le monde recouvert de la peur d'exister... cette colère qui le touche et colore son pouvoir du désir ultime de maîtriser la moindre déviance en son royaume... Nul jusqu'alors n'avait pu défaire son pouvoir...
Pour premier conseiller, le roi consultait le sage, un homme reconnu de tous pour son immense et intime connaissance des phénomènes... ordinaires comme extraordinaires... Nul jusqu'alors n'avait pu défaire son savoir...
Les grands jours des fêtes automnales arrivaient, où durant une semaine entière, tous les sujets du royaume affluaient pour célébrer la récolte des sages décisions de leur roi bien-aimé, lui qui faisait l'ordre du chaos.
Ces jours, comme depuis longtemps, annonçaient aussi l'arrivée du fou, saltimbanque et troubadour inqualifiable qui revenait de ces libres aventures aux confins du comble...
Le roi ouvrit les festivités de bon matin d'une parade éblouissante qui ravit tout un chacun de l'évidente grandeur de leur souverain dont le pouvoir ne pouvait être par nul contesté.
Le fou, de bon alois, fidèle à lui-même, partageait sa folie d'histoires merveilleuses qui caressait les coeurs de tous d'allégresse et de rêves infinis, ouvrant des espaces de liberté dans les imaginations... Le savant connaissait bien les histoires magiques du célèbre fou et aimait chaque année se mêler à tous pour en déguster le mystère qui seul, excitait encore son extraordinaire curiosité...
Dans un élan insoupçonné, le savant se risqua à la rencontre du fou qui lui rendit hommage et lui dit:
- Ô Grand savant, que puis-je faire pour ton service ?
- Tes histoires seules encore me laissent secrètement insatiable malgré mon entendement... comment ?
- Que serait-tu prêt à faire pour les comprendre ?
- Je suis prêt à tout, car mon savoir me rend las des joies et des malheurs.
- Renonce donc à tout comprendre et tu découvriras que le mystère est le plus grand savoir.
Le savant alors, laissa apparaître une colère déjouée et sans un mot, s'en retourna.
Le fou ne compris pas.
Plus tard, à la nuit tombante, le fou se présenta comme chaque année à la cour du roi qui aimait plus que tout se divertir d'histoire sans fin, de questions sans réponses... Le fou scanda des aventures fabuleuses et le roi, dans un élan insoupçonné, interpella le fou du doigt... le silence s'installa...
- Ô grand roi, que puis je faire pour ton service ?
- Ta libre nature seule encore me laisse secrètement sans pouvoir... comment ?
- Qu'es tu prêt à faire, Ô grand roi, pour me faire confiance ?
- Je suis prêt à tout, car mon contrôle me rend colère de la moindre faiblesse.
- Alors renonce à ton contrôle et tu découvriras que la confiance est le plus grand pouvoir.
Le roi, vexé, se leva hâtivement, donna l'ordre d'enfermer ce fou pour un temps, et sans mot, s'en retourna. Le fou ne compris pas.
Les années passèrent, le fou, libre par nature, arpentait de nouveau le royaume, contant ces histoires à qui aimait bien l'entendre.
Un autre jour de fête, le savant vint le voir et lui dit:
- Il y a quelques jours, je vis un enfant mourrir sous mes yeux, et mon savoir ne me fut d'aucun secours pour le sauver, ni même le réconforter... alors je su que tu disais vrai.
Plus tard, le roi à son tour interpella le fou et lui dit:
- Il y a quelques mois, le royaume failli être envahi par un peuple guerrier, et c'est le peuple qui nous sauva, grégaire, et non le seul pouvoir de mes décisions... alors je su que tu disais vrai.
A chacun d'eux, le fou répondit en se grattant la tête. Ô grand roi, grand savant, je ne sais pas de quoi vous parler car je n'ai toujours eu qu'une mémoire d'histoires sans lendemain. Mais sachez qu'au réveil ce matin, je réalisa que mon sac de grains avait roulé durant mon sommeil et qu'une grive, que je surpris alors, l'avait presque entièrement vidé. Ma colère alors fut le moteur d'un pouvoir de faire de mon savoir un piège, pour m'offrir une grive délicieusement farci au petit déjeuner.
Et le fou s'en retourna, sans rien comprendre, laissant derrière lui deux grands hommes qui comprirent pour la énième fois qu'il n'y a parfois qu'à renoncer ... à pouvoir savoir.